XXIème

« Il ouvre des journaux qu’il n’aurait jamais achetés, à l’époque. Ça lui rentre dans le cerveau, en tentacules empoisonnées, et ça ne génère aucune analyse, juste de la fureur. Une envie d’en découdre, en bloc, une nausée morbide. Il n’a pas envie de joindre sa voix à la cohorte, il n’a pas envie d’ouvrir un blog pour déverser sa bile, il n’a pas envie d’ajouter au flot de merde sa petite crotte débile. Mais il est incapable de s’arracher à la fenêtre, ouverte. Il a l’impression, chaque matin de s’asseoir et regarder le monde pourrir. Et des élites dirigeantes, nul ne semble prendre conscience de ce qu’il y a d’urgence à faire machine arrière. Au contraire, on dirait que tout ce qui les préoccupe, c’est de foncer vers le pire, le plus rapidement possible. »

Vernon Subutex, tome 1, Virginie Despesentes.

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XXIème

« Elle les repère avec son ventre : si elle a envie d’eux, c’est qu’ils ont les mains sales. Elle a le drame dans le sang, elle ne jouit qu’avec des mecs dangereux. Ceux qui veulent te faire la peau sont toujours les amants les plus courtois, sans quoi tu ne te laisserais pas faire. Personne n’accepte la première gifle si elle ne vient pas accompagnée d’un flot merveilleux d’excuses, de promesses, une intensité de ne pas vouloir te perdre, de ne pas envisager de te perdre. Ceux qui peuvent te tuer sont toujours ceux qui tiennent le plus à toi. Quand elle a vraiment envie d’eux, c’est qu’elle sent qu’ils pourraient la tuer. »

Vernon Subutex, tome 1, Virginie Despentes.

XXIème

« Quand on est jeune on croit qu’on cicatrise : elle avait appris qu’on doit s’amputer pour survivre. »

« Les vraies meufs sont des mecs. »

« Toi et moi on est des rescapés d’industries englouties, alors. »

Vernon Subutex, tome 1, Virginie Despentes.

XXIème

« Une fille qu’on rencontre en HP n’est pas une fille qui rend heureux. Il voulait jouer contre le reste du monde, avoir raison contre toutes les évidences, il pensait que c’était ça, l’amour. Il voulait prendre ce risque, avec elle, et qu’ils arrivent sur l’autre rive, sains et saufs. Mais ils réussissent juste à s’entraîner au fond, il est temps de renoncer. Se rendre aux fameuses évidences. Depuis le temps qu’il se débat, ça lui fera des vacances, lâcher prise. Il sait que les mois à venir seront douloureux, gueule de bois. Retour à une réalité qu’il fuyait en revenant la voir. Cette histoire n’a plus rien de romantique, c’est juste pathétique et cradingue. C’est atroce, se dit-il, de se sentir bien parce que la femme qu’on a aimée s’est enfin éloignée. Mais c’est la vie qui veut ça, il se racle la gorge et considère la chose de façon magnanime : ça arrive à tout le monde et ça arrive tout le temps. C’était de l’orgueil abruti de croire que ça serait différent pour eux. […] Pincement au coeur : le hasard qui fait des clins d’oeil. Ce qui était évident la minute d’avant vacille brutalement et s’avère n’être que mirage. »

Bye bye Blondie, Virginie Despentes.

XXIème

« Gloria a fermé les yeux, la bouche, le nez, sa peau, fermé tout ce qu’elle était pour se recroqueviller à l’intérieur d’elle-même, loin, loin dans son coeur et dans son ventre. Elle s’est retirée. C’était fini entre elle et le monde, elle a courbé l’échine et retenu son souffle.

      Il y a des secondes, comme celles-ci, qui font tout basculer. Ce qui semblait solide et si immuable s’écroule en un instant et à cet endroit-là, rien ne repoussera plus comme avant. Elle referma la bouche les yeux son nez et jura d’en sortir, sortir sans rien trahir, et surtout sans guérir. »

Bye bye Blondie, Virginie Despentes.