XXème

« Cette énergie dans laquelle on puise avec tant de profusion quand on est enfant, cette énergie qui paraît inépuisable, elle disparaît en douce entre dix-huit et vingt-quatre ans pour être remplacée par quelque chose qui n’en a pas l’éclat, loin s’en faut, et d’aussi factice qu’une euphorie à la coke : des intentions ou des buts, peu importe le terme, c’est l’esprit chambre de commerce. Ça se passe sans histoires, la disparition n’est pas instantanée, elle ne s’accompagne d’aucun éclat. Et peut-être est-ce là ce qui fait le plus peur. Cette façon de ne pas arrêter d’un seul coup d’être un enfant, avec un gros boum! comme un de ces ballons de clown qui explosent pour les besoins d’un gag. L’enfant qui est en soi fuit comme crève un pneu sans chambre : lentement. Un jour, on se regarde dans un miroir, et c’est un adulte qui vous renvoie votre regard. On peut continuer à porter des blue-jeans, à écouter Bruce Sprinsteen, on peut se teindre les cheveux, mais dans le miroir, c’est toujours un adulte qui vous regarde. Peut-être que tout se passe dans le sommeil, comme la visite de la petite souris, la fée des dents de lait. »

Ça, tome 2, Stephen King.

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XXIème

《 C’est facile de dire qu’ici c’est une prison quand on cherche pas à scier les barreaux pour s’en échapper.
Et les grandes personnes c’est pareil.
C’est plein de points d’interrogations sans réponse parce que tout ça reste enfermé dans la tête sans jamais sortir par la bouche. Après, ça se lit sur le visage toutes ces questions jamais posées et c’est que du malheur ou de la tristesse.
Les rides, c’est rien qu’une boîte à questions pas posées qui s’est remplie avec le temps qui s’en va. 》

Autobiographie d’une courgette, Gilles Paris.

XXIème

《 Je crois que c’est ça, l’ordre du monde, tu sais, Yannis. C’est quand tu ne peux pas savoir à l’avance comment les oiseaux vont crier, ou comment le meltème va souffler entre les pierres, ni quand la mer va s’écraser contre le parapet. Mais tu es heureux d’écouter ces bruits comme ils viennent à toi. L’ordre du monde, c’est quand tu es heureux. Même si les choses changent. 》

L’enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi.

XXème

《Nous sommes les enfants de l’histoire, entre aînés et cadets, élevés par la télévision dans la conviction qu’un jour nous serons millionnaires, vedettes de cinéma, stars du rock, mais cela ne se fera pas. Et nous sommes simplement en train d’apprendre ce petit fait. Alors ne déconnez pas avec nous.》

Fight Club, Chuck Palahniuk.

XIXème

« Dès que je ne tiens plus un livre ou que je ne rêve pas d’en écrire un, il me prend un ennui à crier.La vie ne me semble tolérable que si on l’escamote. Ou bien, il faudrait se livrer à des plaisirs désordonnés…et encore! »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.

XIXème

« Pourquoi publier, par l’abominable temps qui court ? Est-ce pour gagner de l’argent ? Quelle dérision ! Comme si l’argent était la récompense du travail, et pouvait l’être ! Cela sera quand on aura détruit la spéculation : d’ici là, non. Et puis comment mesurer le travail, comment estimer l’effort ? Reste donc la valeur commerciale de l’oeuvre. Il faudrait pour cela supprimer tout intermédiaire entre le producteur et l’acheteur, et quand même cette question en soi est insoluble. Car j’écris (je parle d’un auteur qui se respecte) non pour le lecteur d’aujourd’hui, mais pour tous les lecteurs qui pourront se présenter, tant que la langue vivra. Ma marchandise ne peut donc être consommée maintenant,car elle n’est pas faite exclusivement pour mes contemporains. Mon service reste donc indéfini et, par conséquent, impayable. »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.

XIXème

« Un encrier pour beaucoup ne contient que quelques gouttes d’un liquide noir. Mais pour d’autres, c’est un océan, et moi je m’y noie. J’ai le vertige du papier blanc, et l’amas de mes plumes taillées sur ma table me semble parfois un buisson de formidables épines. J’ai déjà bien saigné sur ces petites broussailles-là. »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.