XIXème

« Dès que je ne tiens plus un livre ou que je ne rêve pas d’en écrire un, il me prend un ennui à crier.La vie ne me semble tolérable que si on l’escamote. Ou bien, il faudrait se livrer à des plaisirs désordonnés…et encore! »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.

Publicités
XIXème

« Pourquoi publier, par l’abominable temps qui court ? Est-ce pour gagner de l’argent ? Quelle dérision ! Comme si l’argent était la récompense du travail, et pouvait l’être ! Cela sera quand on aura détruit la spéculation : d’ici là, non. Et puis comment mesurer le travail, comment estimer l’effort ? Reste donc la valeur commerciale de l’oeuvre. Il faudrait pour cela supprimer tout intermédiaire entre le producteur et l’acheteur, et quand même cette question en soi est insoluble. Car j’écris (je parle d’un auteur qui se respecte) non pour le lecteur d’aujourd’hui, mais pour tous les lecteurs qui pourront se présenter, tant que la langue vivra. Ma marchandise ne peut donc être consommée maintenant,car elle n’est pas faite exclusivement pour mes contemporains. Mon service reste donc indéfini et, par conséquent, impayable. »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.

XIXème

« Un encrier pour beaucoup ne contient que quelques gouttes d’un liquide noir. Mais pour d’autres, c’est un océan, et moi je m’y noie. J’ai le vertige du papier blanc, et l’amas de mes plumes taillées sur ma table me semble parfois un buisson de formidables épines. J’ai déjà bien saigné sur ces petites broussailles-là. »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.

XIXème

« Médite donc plus avant d’écrire et attache-toi au mot. Tout le talent d’écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots. C’est la précision qui fait la force. Il en est du style comme en musique : ce qu’il y a de plus beau et de plus rare c’est la pureté du son. »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.

XIXème

« Ce qui nous manque à tous, ce n’est pas le style, ni cette flexibilité de l’archet et des doigts désignée sous le nom de talent. Nous avons un orchestre nombreux, une palette riche, des ressources variées. En fait de ruses et de ficelles, nous en savons beaucoup plus qu’on n’en a peut-être jamais su. Non, ce qui nous manque c’est le principe intrinsèque, c’est l’âme de la chose, l’idée même du sujet. Nous prenons des notes, nous faisons des voyages ; misère, misère ! Nous devenons savants, archéologues, historiens, médecins, gnaffes et gens de goût. Qu’est-ce que tout ça y fait ? Mais le cœur, la verve, la sève ? D’où partir et où aller ? »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.

XIXème

« Ne négligez rien, travaillez, refaites et ne laissez là l’oeuvre que lorsque vous avez la conviction de l’avoir amenée à tout le point de perfection qu’il vous était possible de lui donner. Le génie n’est pas rare maintenant, mais ce que personne n’a plus et ce qu’il faut tâcher d’avoir, c’est la conscience. »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.

XIXème

« Et bien donc, je suis parvenu à avoir la ferme conviction que la vanité est la base de tout,et enfin que ce qu’on appelle conscience n’est que la vanité intérieure. Oui, quand tu fais l’aumône, il y a peut-être impulsion de sympathie, mouvement de pitié, horreur de la laideur et de la souffrance, égoïsme même ; mais, plus que tout cela, tu le fais pour pouvoir te dire : je fais du bien, il y en a peu comme moi, je m’estime plus que les autres, pour pouvoir te regarder comme supérieur par le cœur, pour avoir enfin ta propre estime,celle que tu préfères à toutes les autres. »

Le Gueuloir, Perles de correspondance, Gustave Flaubert.