XXème

« Je commence à trouver le temps long, par ici. Tu attends demain ; demain s’amène, et t’as l’impression d’être hier et les jours d’avant. T’as même pas le sentiment de vieillir… Quelque chose me dit que c’est p’t-être pas une si mauvaise idée qu’ça, retourner la veste pour voir c’qu’il y a en dessous…»

L’Olympe des infortunes, Yasmina Khadra.

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XXème

« Si j’étais le bon Dieu, je finirais par me manifester pour mettre un terme à la pagaille qui sévit sur terre. J’irais trôner en haut de l’Himalaya ou bien sur le Kilimandjaro pour que tout le monde me voie et je dirais crûment aux hommes leurs quatre vérités. Je leur dirais combien ils commencent à me taper sur le système, que ma patience a ses limites, qu’il faut être cinglé à bouffer son chapeau pour choisir, d’entre les maux, les pires et d’entre les remèdes les moins efficaces. Je déroulerais devant leurs yeux l’histoire de l’Humanité pour qu’ils s’aperçoivent à quel point leur délire dépasse l’entendement : que de guerres et de misères, que de larmes et de sang comme si les trucs sympas que j’ai conçus autour d’eux ne suffisaient pas à leur bon plaisir, comme s’il n’y avait rien d’autre à entreprendre que se bousiller allègrement chaque bout de génération. Je leur dirais basta ! Puis, je cognerais de mon poing sur les cimes des montagnes de façon à déclencher une avalanche comme personne n’en a jamais vu. Aux rescapés terrifiés, je leur recommanderais de se tenir à carreau parce que j’en ai jusque-là de leurs fumisteries. Une fois l’abcès crevé, je remonterais dans mon ciel et dresserais des nuages autour de mon olympe pour qu’on me fiche la paix.»

L’Olympe des infortunes, Yasmina Khadra.

XXIème

« Toi et moi, nous sommes une et indivisible personne. C’est pas la même chose. Est-ce que t’as déjà vu un corps se séparer de son âme et continuer de vivre ? Eh ben c’est pareil pour nous. On est faits pour être ensemble jusqu’à la fin des temps. Jamais, quoi qu’il advienne, tu ne te réveilleras un matin sans me trouver en train de veiller sur toi comme sur la prunelle de mes yeux. Tu compenses ce que le sort m’a confisqué. Tu es ma deuxième et dernière chance, et j’ai pas l’intention d’échouer cette fois. »

L’Olympe des infortunes, Yasmina Khadra.