XXIème

« Vous vous enflammez comme une résine et la femme s’enflamme comme une autre résine et, au bout de six mois vous êtes comme une seule cendre. Mais j’étais honnête. Je convenais que je m’étais conduit comme un goujat en filant à l’anglaise et même à la cloche de bois. Je n’avais jamais donné de mes nouvelles et maintenant le temps passait très vite. Courtes journées, courtes journées. »

Nuits tranquilles à Bélem, Gilles Lapouge.

XXIème

« Je n’ai pas insisté. Comme je suis d’un naturel assez résigné, j’ai fait comme tout le monde. J’ai accepté. J’ai signé un “blanc-seing”, et je me suis mis à naître, en dépit de cet inconvénient. Est-ce que certains bébés refusent ? Et comment s’en tirent-ils, les nouveau-nés qui ne naissent pas ?
C’est très étrange de naître. Ça devrait être interdit. Combien faut-il de hasards, de chances et de coïncidences pour que vous naissiez en ce siècle ou les Daces, à cette seconde et pas à la seconde précédente, dans cette famille-là et non dans une famille chinoise ou cap-verdienne, à Digne et non à Tombouctou ou à Manosque. Oui, dans les nuits de Bélem, je me disais qu’on a bien peu de chances de naître compte tenu les milliards de conditions qu’il faut réunir pour apparaître quelque part, et qu’en réalité, contrairement à ce que l’on pense généralement, personne n’a jamais réussi à naître, et c’est ce qu’ils veulent dire, ceux qui pensent que la vie est un songe. Moi, je serais moins prétentieux. Je dirais simplement que c’est très surfait, la naissance. »

Nuits tranquilles à Bélem, Gilles Lapouge.