XIXème

« Apprends, petite novice, que le ciel est la chose du monde qui nous intéresse le moins; que ce que nous faisons sur la terre lui plaise ou non, c’est la chose du monde qui nous inquiète le moins; trop certains de son peu de pouvoir sur les hommes, nous les bravons journellement sans frémir et nos passions n’ont vraiment de charme que quand elles transgressent le mieux ses intentions ou du moins ce que des sots nous assurent être tel, mais qui n’est dans le fond que la chaîne illusoire dont l’imposture a voulu captiver le plus fort. »

Les Infortunes de la vertu,Sade.

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XVIIIème

« Cependant, elle sonne, cette heure funeste du départ ; pour deux cœurs véritablement épris, quelle différence y a-t-il entre celle-là et celle de la mort ? On dirait, en quittant ce qu’on aime, que le coeur se brise, ou s’arrache ; nos organes, pour ainsi dire enchaînés à l’objet chéri dont on s’éloigne, paraissent se flétrir en ce moment cruel ; on veut fuir, on revient, on se quitte, on s’embrasse, on ne peut se résoudre ; le faut-il à la fin, toutes nos facultés s’anéantissent, c’est le principe même de notre vie qu’il semble que nous abandonnions, ce qui reste est inanimé, ce n’est plus que dans l’objet qui se sépare qu’est encore pour nous l’existence. »

Ernestine, Sade.